La Vélosophie

Il y a, dans les voyages à vélo, une philosophie intacte et inaltérable.

Il y a ces souvenirs d’enfance, ces élans d’audace et d’innocence, ce jeu d’équilibre toujours renouvelé et cette formidable révélation: la stabilité se trouve dans le mouvement.

Il y a ce sillon que l’on laisse derrière soi et cette étrange façon d’avancer, pour laisser une trace.

Il y a ce bruit âcre des pneus qui mordent la piste. Il y a cette mélodie caoutchoutée que jouent sous nos roues les montagnes, les déserts, les continents. Cette musique d’un chemin qui crisse sous les dents des pignons.

Il y a cet appétit de graviers que l’on grignote, de kilomètres que l’on avale, de dénivelée dont on ne fait qu’une bouchée. Il y a cette faim d’exploration, si longue à épancher.

Il y a dans cette aventure, une façon de faire corps avec la terre, de respirer la poussière, de laisser les pierres nous frapper les chaussures et de s’abandonner tout entier au pays que l’on traverse.

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Il y a dans le voyage à vélo, cette façon de dérouler lentement la planète sous le fil de nos roues, sans urgence, sans impatience. Il y a ce rythme doux qui nous manquait. Il y a ce réveil aux premiers rayons du jour, ce repos quand vient la nuit. Il y a ces matins auxquels on goûte, sur le seuil de la tente ; matins de déserts, matins de montagnes, matins pleins de promesses où il n’y a rien, mais où l’on a la sensation d’avoir tout.

Il y a cette brêche osée dans nos vies structurées, organisées, efficaces; cette entaille rebelle où s’infiltrent l’imprévu, l’intuition, l’émotion, l’étonnement.

Il y a cette allure que l’on prend comme on progresse, nez au vent, armé d’un beau panache et d’une courageuse désinvolture. Il y a la découverte de nos ressources sûres, qui ne se puisent pas dans notre force physique, mais dans notre humour, notre simplicité, notre optimisme.

Il y a, enfin, dans le voyage à vélo, l’humble aveu d’un pas vers l’autre. Avec ses efforts pour sésame, le voyageur rencontre l’homme. Hors de sa bulle, sans vitre entre lui et le décor, il voit, parle, goûte, touche et respire, saisit le privilège de créer la surprise, attrappe des sourires sur son passage. Et lorsqu’il pose un pied à terre, c’est pour prendre le temps de connaître son hôte.

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