Expériences

Quelques expériences passées…

 

Patagonie – Violaine, 14 janvier 2011

Ro s’agite, s’habille, sort de la tente, revient, mange une banane. Les séniors, ca se leve tôt.
– Ta gueule Ro ! Il est même pas deux heures !
– Tu dormiras sur le vélo !

A 2h30, je finis de plier la tente. Il fait frais. Vent : nul. Wouahooouuuu !!! Nous allors gagner la nuit le temps perdu contre le vent le jour…

On file droit vers l’Ouest, a 30km/h, dans l’obscurité totale. Le bitume est excellent. On ne sent pas la fatigue quand on pédale de nuit, mais on sent le froid. J’ai les pieds gelés, le nez qui coule. Donc je ne rêve pas. Au-dessus de nos têtes, des étoiles inconnues.

La nuit sans lune est noire, c’est à dire que l’on voit à peine les bords de la route, tout juste la lueur projetée sur le bitume par la frontale accrochée aux sacoches. On ne devine les pentes que lorsque l’on est dessus. La musique changeante des pneus nous permet d’apprécier notre vitesse. Il n’y a pas d’horizon : seulement une épaisse masse sombre qui nous enveloppe. Comme je ne vois rien, je suppose que nous traversons la pampa. Or la pampa la nuit, c’est comme le jour : il n’y a rien. Sauf qu’il fait nuit. Le jour, c’est le temps des découvertes ; la nuit, celui des souvenirs.

Je ne vois même plus mes mains.

Je me souviens.

« Je le sauve de la peur. Ce n’est pas lui que j’attaquais, c’est, à travers lui, cette résistance qui paralyse les hommes devant l’inconnu. Si je l’écoute, si je le plains, si je prends au sérieux son aventure, il croira revenir d’un pays de mystère, et c’est du mystère seul que l’on a peur. Il faut que les hommes soient descendus dans ce puits sombre, et en remontent, et disent qu’ils n’ont rien rencontré. Il faut que cet homme descende au coeur le plus intime de la nuit, dans son épaisseur, et sans même cette petite lampe de mineur, qui n’éclaire que les mains ou l’aile, mais écarte d’une largeur d’épaules l’inconnu. »

A. de Saint-Exupéry.

La nuit porte son lot de bruits étranges. Lors des pauses, on se parle tout bas, comme si l’on craignait de réveiller quelqu’un. Ou quelque chose.

On en vient à se poser des questions stupides :
– Dis, il n’y a pas de couvre-feu, au Chili ?
– Me parece que no.

Le Chili endormi est à nous.

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Islande – Violaine, 3 août 2013

L’éternité se cueille au bord des routes. J’ai atterri sur l’île en quête d’inspiration et c’est moi maintenant qui l’inspire, cette terre polaire, à grandes bouffées de sable et de vent. En quelques jours, j’ai apprivoisé les veloutes de soufre qui se faufilent dans les replis de l’air. En quelques jours, j’ai fait de ces sables mon univers.

Une semaine de vivres à bord, le vent de dos, je pars à la conquête d’un océan de pierres. La piste est hardue, l’atmosphère menaçante. Mon embarcation grée pour les rugissants résiste aux secousses de la tôle ondulée, mais le cadre gémit comme un vieux galion. Des heures durant, je navigue entre la terre et les glaces. Enfin, à la faveur d’un souffle du Nord, les cieux bas viennent à ma rencontre. Sous la menace qui enveloppe soudain l’étendue minérale, le nom résonne comme un coup de tonnerre. Sprengisandur. La piste, sauvage, oblique soudain au Sud-Est et la tempête se lève. Je me cramponne au gouvernail, maintiens le gîte à l’encontre des vents, les haubans pèsent sur le cadre en torsion, les pneus crissent, les drisses claquent, le dérailleur craque, mes dents grincent et j’ai beau tirer des bords sur cette piste étroite, je finis par chavirer sur un traître récif et roule sous ma cargaison qui part à la renverse. Couchée par le vent, propulsée à terre : c’est le naufrage ! Je jette un genou dans le sable, puis un coude, puis le dos tout entier…

Soupir. Envie de lâcher-prise. Tentation d’abandon. Rincée, écumée, échouée sur une plage lunaire, je m’octroie une sieste entre les horizons.

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