Montagnes russes, roulette russe

Au camp 1 du Pobeda, deux anglais se joignent à l’archipel des rescapés du brouillard. On papote, ils sont sympas, on apprend qu’il ne leur reste que ce sommet à conquérir pour décrocher leur Snow Leopard et puisqu’ils redescendent dormir ce soir au Camp de Base…

P1010921

… nous sommes invitées à squatter leur immense tente jusqu’au lendemain. L’aubaine !

P1010938

Pourtant, en se tassant, il y aurait eu de la place pour tout le monde 😦 Mais lorsque les duvets sont humides et les matelas mouillés, comment refuser le confort de cette suite impériale ?

IMG_2781

Aux anglais qui repartent, succèdent nos amis iraniens. Il leur aura fallu l’après-midi pour remonter tout le glacier, chargés de quarante kilos supplémentaires de boeuf stroganoff. Les provisions de pain, de nouilles et de pistaches ont failli passer à la trappe avec les iraniens eux-mêmes, lorsque l’un d’eux s’est enfoncé jusqu’à la taille dans la dernière crevasse avant le camp.

P1010939

Malgré l’absence de corde entre eux, tout va bien, tout le monde s’en est sorti. On a eu peur pour le stroganoff, clé du succès pour ces deux courageux qui dérouleront ces prochains jours leur méticuleux plan d’attaque du Pic Pobeda.

IMG_2793

Il y a, sur ce même itinéraire, quelques antécîmes se rapprochant des 7000 mètres. Comme les English gentlemen nous ont également prêté leurs poignées Jumar jusqu’au surlendemain (on a un peu papillonné des cils), nous sommes libres d’aller faire un peu de tourisme aussi haut que possible, dans la mesure de la marge dont nous disposons…

IMG_2779

… fonction du temps qu’il fait, du temps qui passe, de l’importance de notre exposition aux 4F* et du nombre d’avalanches de poudre et autres chutes de séracs qui dérangent, cette nuit-là, notre sommeil. Mais il n’y a cette fois ni vent, ni craquement de crevasse ; nous écrasons fermement quelques heures.

Au petit matin, nous nous élançons donc à notre tour sur la voie normale du Pic Pobeda. Autant vous dire que ça nous démangeait 😉

IMG_2780

Nos iraniens qui transportent aujourd’hui une partie de leur bivouac vers le Camp 2 progressent péniblement. Filant à pas légers, nous les enrhumons sans le vouloir pour seulement mieux faire demi-tour une heure plus tard, refroidies par l’exposition démesurée de ce tronçon d’itinéraire.

En effet, après un raidillon encombré de coulées d’avalanches, la trace vient narguer, sur cent mètres de traversée et trois cent de dénivelée, une armée de sentinelles de glace aux aguêts. Les séracs suspendus sur tout le pourtour de ce cirque sont gros comme des immeubles et ne nous inspirent pas.

P1010944

Nous restons scotchées sur cet improbable itinéraire. Il s’élève, impassible, tel un raide escalier, pourvu d’une rampe de cordes fixes et ne présentant pas de difficulté particulière. Mais son exposition est absurde. Comment une voie normale peut-elle serpenter si longtemps parmi des séracs en sursis ? Comment s’y risquer sans engager la chair ?

P1010940

Trois jours auparavant, une avalanche meurtrière arrachait une poignée de cordées aux pentes Sud du Khan Tengri, à moins de quinze kilomètres. Un alpiniste y est resté. Huit jours avant la fin du voyage, nous ne prenons pas l’alerte à la légère.

P1010946

Nous repensons au joli spectacle des aérosols dévalant la Face Nord au petit déjeuner et révisons nos plans.

Pendant que nous scrutons les environs à la recherche de sommets sympas, nous ne tarissons pas d’observations incrédules sur la pratique de l’alpinisme au Kirghizistan.

Le style nous étonne : équipes évoluant non-encordées sur des champs de crevasses, itinéraires peu techniques mais excessivement exposés aux risques objectifs, expéditions lourdes, portage important… Autant d’habitudes qui sont très éloignées de nos repères habituels. Voilà une approche qui correspond peu à notre philosophie…

P1010962

…Le plaisir est-il au rendez-vous ?

* Les 4F : la Faim, le Froid, la Fatigue et la Foif.
Publicités

Une réflexion sur “Montagnes russes, roulette russe

  1. Violaine, en fait il manque un F à ta règle, la Frousse… Règle bien connue chez les voileux qui conditionnerait le mal de mer…. Mais c’est pas illogique de la retrouver en montagne, deux mondes si éloignés par le terrain (quoique la glace ce n’est que de l’eau gelée:), mais 2 mondes si proches par leur approche : humilité par rapport au milieu, esprit de cordée/bordée, vagabondage (ne dit on pas que la voile est le moyen le plus lent, le plus cher, le plus inconfortable, pour aller d’un endroit où on est bien vers un autre où l’on n’a rien à faire).
    Et la dernière preuve si il en est besoin, restant le livre « le port de la mer de glace » de Dominique Potard 🙂

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s