Au pied du Pobeda

En ce dernier jour de juillet, nous avons pris le large, attirées par le Sud.

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Ne croyez pas que nous cherchons des cocotiers. Au contraire. Ce sont les grandes faces Nord qui nous attirent. Le désir magnétique nous entraîne à travers un immense dédale blanc : dans ce nouveau labyrinthe, nous nous laissons guider par l’instinct.

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L’ambiance glacée et moite inviterait plus au cocooning qu’à la promenade dominicale. On s’est fait violence pour sortir, et nous traînons nos humeurs maussades jusqu’au coeur des brumes.

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A leur lisière, fier et inconquis depuis plus de deux ans, se dresse le Pic Pobeda !

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Avec pour maigres indices les courbes humides et chiffonées d’une carte au trésor au 1:100000e, nous repérons des amers…

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… naviguons à vue sur un océan de glace…

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… marchons sur ses eaux éphémères…

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… glissons à la surface de profondeurs insondables…

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… ou passons tout-à-fait à travers. En fin de matinée, tandis que les avalanches grondent comme des cornes de brume, les crevasses rient en montrant leurs dents. Les ponts de neige dégèlent : ouf ! Nous étions amarrées l’une à l’autre 🙂

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Nous échouons enfin sur les flancs d’un ilôt flottant, fluo, sur ces flots figés, après quelques heures de grande traversée.

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Il n’y a, au camp 1 du Pobeda, qu’une tente d’expé formant un petit récif solitaire. Nous faisons sécher sous des cocotiers imaginaires nos duvets encore chargés de givre, et pendant ce temps, en corsaires curieuses, profitant d’un abri tout prêt pour le casse-dalle, nous inspectons les lieux.

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Diantre ! Il y a dans le fond de cette embarcation autant de provisions que dans les cales de la Santa Maria en partance pour le nouveau monde : graines, pistaches, friandises, pâtes, pain et riz, boites de conserve et même quelques barquettes de boeuf stroganov.

Oui, des barquettes de boeuf stroganov. Signe qu’une invasion se prépare ! Dans ce nouveau monde qu’est le Tian Shan, se rejoignent deux styles d’expéditions : alpin (light and fast pour une attaque furtive, ou Blitzkrieg…) et himalayen (gros camp de base pour tenir le siège). Quel choc des cultures !

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Nous, comme d’hab, on a choisi de caler au fond de nos poches un demi-sachet de soupe et deux vachequirits pour tenir les quatre prochains jours. On avance vite pour ne pas avoir faim trop longtemps. Et pourtant, l’idée de piquer à nos amis iraniens leur cargaison emballée avec amour ne nous effleure même pas. Les pauvres, après tant d’aller-retours chargés comme des dockers pour monter ce camp, ils auront bien mérité un festin.

Tandis que chez nous, dans les Alpes, on apprend d’abord que pour s’élever en montagne, il faut être léger.

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