Hâtons-nous lentement

Allez, pour le plaisir, écrivons encore au sujet de la vallée du Wakhan.

Nous savons que vous êtes pressés ! et que vous avez hâte qu’on vous raconte nos exploits montagnards.

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Mais comme dans tout récit, lorsqu’on raconte la fin, il arrive qu’on oublie de regarder le chemin.

Or, nous, on trouve que le Tadjikistan mérite qu’on s’y attarde…

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… et que dans la vie, il ne faut surtout pas aller plus vite qu’à vélo.

On a déjà trouvé qu’on allait bien vite…

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… avec nos 85km/jour de moyenne au lieu des 60 escomptés, à 4000m d’altitude.

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Alors soyez sûrs que si nous rechignons à tourner la page,

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c’est pour pour vous faire voir le coin de près,

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pour vous plonger à nos côtés dans les envolées de pollen, dans l’ombre des peupliers, dans les senteurs de thym,

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pour vous parler, enfin, de tout ce qu’il n’est pas donné de voir sur Google Earth,

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et rendre à nos hôtes tadjiks l’hommage le plus grand possible.

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Car lorsqu’on part en voyage, on n’a souvent qu’une chose en tête : pédaler au milieu des grands espaces, admirer de grands paysages, voir de vastes horizons…

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mais lorsque l’on revient, on n’a plus qu’une chose en tête :

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ce sont les gens.

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Et comme nous rêvions de caravansérails, d’épices, de parfums et de tapis brodés,

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de ces traces que les hommes ont laissé dans l’Histoire,

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nous sommes revenues marquées des traces qu’ils ont laissées en nous.

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La voilà, notre histoire. Comment l’écrirons-nous ?

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Nul question de sommet, ou de kilométrage…

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On veut leur rendre hommage, aux Tadjiks, à ceux-là, à tous les autres,

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à tous ceux qui nous saluaient au bord des chemins d’un joyeux « Salaam Aleikum !« ,

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la main posée sur le coeur, comme ils font par-ici,

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en faisant par la même occasion un beau pied de nez à notre Ministère des Affaires Etrangères, qui déconseille toujours formellement aux voyageurs de parcourir cette région.

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En effet ! Nous nous sommes faites embêter par les soldats du Gorno-Badakshan, qui nous retenaient parfois une heure entière aux checkpoints…

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… après avoir enregistré nos passeports, en nous forçant à nous asseoir pour manger de la pastèque.

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« Quel courage avez-vous de prendre ces risques !« , nous répétait-on avant le départ. « Vous n’avez donc jamais peur ?« 

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Mais à vélo, c’est plutôt nous qui faisons peur aux passants.

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Lorsqu’on croise des paysans en changeant de pignons :

– clic – clic ! 

fait le dérailleur, et ce sont eux qui sursautent.

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Comme la piste défile sous les pneus, nous savons que le plus grand risque que nous avons pris, c’est d’avoir ôté les petites roulettes à l’âge de quatre ans.

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Nous rions bien face aux épreuves. La pire : la visite des divers lieux d’aisance, réputés pour leur parfum et leur confort…

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La plus relaxante : celle des sources chaudes de GarmChashma, où nous trempons nos corps dans des bains de vapeurs et d’effluves d’oeuf rance.

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Mais enfin, en trois semaines, rien à faire : nous ne sommes jamais tombées malades !

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On a fini par croire en la recette de Zab :

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… une arme secrète contre les infortunes du transit, que je dévoile ici publiquement…

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… afin que chacun en profite…

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(Je fais durer pour vous tenir en haleine, c’est un secret, tout de même !)…

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… La voilà : il suffit de croquer dans une gousse d’aïl frais à chaque repas.

Cela est dit : MANGEZ DE L’AÏL ! Le meilleur antibiotique naturel 🙂

Tous les jours, donc, vous l’avez compris, c’est bien Zab qui nous tient en haleine. Petite illustration :

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Toute cette épopée n’est qu’une longue rigolade. Au sujet de l’aïl. Au sujet des menaces digestives. Au sujet de nos provisions de bouffe, qu’on n’arrive pas à entamer… Au sujet de nos appréhensions !

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Au sujet de ce temps qui passe autrement et qu’on étire, qu’on arrête, qu’on ralentit à souhait. Au sujet de toutes ces choses si graves qui ne font plus le poids lorsqu’on voyage…

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… cet entêtement que l’on a de penser qu’ailleurs est pire qu’ici (ce beau sentiment qui nous confine chez nous),

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ces préjugés sur les pays lointains, tellement entendus : nécessairement moins cultivés, moins éduqués et bien sûr plus violents, plus intégristes, plus intolérants…

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évidemment plus sales, plus malheureux, plus pauvres,

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alors qu’on devine ici ce que veut dire être riche.

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Au fin fond des vallées du Pamir, l’on n’est pas riche de choses,

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l’on est riche de gestes,

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riche, non pas de ce qu’on possède ou de ce que l’on prend, mais de ce que l’on fait et de ce que l’on offre.

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Allez, sur ces belles paroles… partons à l’assaut du col de Kargush 🙂

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