Atterrissage… et rebond

Lundi, six heures du matin. Sur nos velos fraichement remontés, nous pédalons à toute barzingue dans les rues en travaux de Dushanbe. Une nuée d’enfants nous colle aux trousses depuis l’aéroport. La poussière s’élève en panache sur le soleil levant. Plutot excitées, l’adresse d’une expat’ en poche, rien n’effleure notre optimisme.

Quand on arrive chez Christine, on se douche, on va chercher les permis GBAO pour entrer au Pamir, on achète du pain et demain on décolle : dans dix jours on sera à Khorog !

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Arriver au Tadjikistan sans permis GBAO n’était pas un choix. Les ambassades européennes n’en délivrent plus depuis le mois de mai. Nous tentons notre dernière chance au bureau local, l’OVIR, qui paraît-il, en a octroyé quelques-uns la semaine dernière.

A l’intérieur, la réponse est claire :
– Pamir : niet.
– Comment ca niet ?

Christine nous traduit les explications : les Pamirs sont de nouveau « fermés aux touristes pour une durée indeterminée »… Voilà qui explique pourquoi quelques autres cyclistes et routards larmoient autour du bâtiment. Nous rejoignons les rangs des dépités. Notre déception est immense, nos rêves, mutilés. Elisabeth déclare :

– Hé oui, dans la vie, on ne peut pas QUE vivre ses rêves ! Il faut continuer de les rêver un peu, aussi !

(merci Zab)

Que faire ? Attendre que la situation change ? Prendre un vol pour Bishkek et pédaler au Kirghizstan ? Contourner les Pamirs en traversant d’autres frontières, normalement fermeées aux étrangers ? Nous songeons à notre nécessaire acclimatation avant le Pic Lenine, au temps qui, même en vacances, nous est compté et à notre horreur de vivre dans l’attente. En quelques heures, avec l’aide de Christine, nous avons pris notre decision.

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Dans les avenues de cette capitale étrange où, parmi les berlines fumantes, déambulent des Slaves aux yeux bridés, nous faisons le deuil de notre avenir planifié. Le voyage se moque bien de nos projets et de nos certitudes. Nous changeons de mode : dans ce brutal effondrement des points de repère, nous trouvons un plaisir enfantin à faire table rase de notre alphabet inutile, de notre langue encombrante, de nos références chahutées.

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Avec nos premiers somonis, nous visitons le bazar, achetons de l’eau, des cartes SIM, une carte routière. Nous décryptons le cyrillique et communiquons fastidieusement par signes. Nous partons de zéro. C’est peut-être ça le voyage, un coup de balai sur nos certitudes suivi d’une lente réappropriation des signes élémentaires. Alors qu’une porte se ferme, pour le meilleur et pour le pire, une autre s’ouvre sur le neuf.

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6 réflexions sur “Atterrissage… et rebond

  1. « Voyageur, le chemin
    C’est les traces de tes pas
    C’est tout; voyageur,
    il n’y a pas de chemin,
    Le chemin se fait en marchant
    Le chemin se fait en marchant
    Et quand tu regardes en arrière
    Tu vois le sentier que jamais
    Tu ne dois à nouveau fouler
    Voyageur! Il n’y a pas de chemins
    Rien que des sillages sur la mer.
    Tout passe et tout demeure
    Mais notre affaire est de passer
    De passer en traçant
    Des chemins
    Des chemins sur la mer »

    Antonio Machado

    Nous sommes de tout coeur avec vous!Courage les filles!

    Sandrine&Nono

    • J’accompagne les pensées de Sandrine et Nono et je vous remercie toutes les trois pour blé partage de cette expérience.
      C’est fou comme le temps est long derrière un écran mais qui devient vite passionnant lorsqu’on regarde au bon endroit.
      Continuez, toujours tout droit, jamais derrière et ce sourire coûte que coûte.
      Je « like », je « share », et je « wait » for other news.
      See U

  2. 3 filles en vadrouille … avec autant de débrouillardises à vous 3, je ne doute pas que vous allez rebondir sur une autre virée … Qu’importe le chemin … 🙂

  3. ça me fait penser à une chanson de N& SK …

    Peu Importe la couleur de mes pompes
    Puisqu’elles m’ont amené chez vous
    Peu Importe si la route était longue
    Puisque la route avait du gout
    ….
    bon rêves!

  4. Sale coup !
    je pense que Said est à Dushanbe +992 (93) 565-49-20…
    une ressource de plus peut être….
    bonne chance
    Michel

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